Partir de l’apprenant implique une flexibilité du contenu.
Si la rigidité d’un programme est incompatible avec la prise en compte de la dimension conative de l’apprenant, une liberté totale peut elle aussi s’avérer contre-productive en ce qu’elle appauvrit l’environnement de l’apprenant de tous les apports extérieurs à lui-même.
Maria Montessori propose un entre-deux à travers son concept de période sensible: l’apprenant traverse des périodes d’intéressement accru à un domaine spécifique, en lien avec son développement psycho-moteur. En observant l’apprenant, l’éducateur peut répondre à ses intérêts en enrichissant son environnement avec des nouvelles informations en rapport avec la période sensible de l’apprenant.
Cela implique un cadre flexible, autorisant l’apprenant à construire un savoir à son rythme, selon ce qui fait sens pour lui. Il ne s’agit donc pas d’enseigner un contenu similaire à tous, au même rythme, de manière obligatoire, mais plutôt de tout faire pour présenter des informations diversifiées de la manière la plus intéressante possible, ce qui implique une adaptation aux besoins des apprenants.
Cette flexibilité est une fois de plus directement reliée à l’indépendance du modèle éducatif: nous avons vu précédemment que le contenu représente un enjeu politique en tant que vecteur de cohésion nationale. Les valeurs transmises, les versions de l’histoire, le choix des matières et toute l’épistémologie des connaissances scolaires répondent à des objectifs politiques et économiques contextuels. Ceci est contradictoire avec la recherche de science, qui, pour répondre à son objectif d’universalité, se doit d’être indépendante de tout objectif autre que la quête de vérité.
Cette indépendance est nécessaire pour le système éducatif, mais aussi pour la recherche scientifique. Ivan Illich (1971) explique que par sa structure, l'université a cessé de poursuivre la quête du savoir en gérant la recherche qui devient un enjeu géopolitique. L’université n’offre le droit de critiquer la société qu’à ceux qu’elle a précédemment formés à la société de consommation, et forme les universitaires à rester entre eux. C’est en cela que l’indépendance du contenu éducatif et de la recherche assure une émancipation intellectuelle et morale, et favorise les avancées sociétales.