Ce modèle éducatif donne aussi de la liberté à la relation pédagogique, qui prend la forme d’un contrat entre deux personnes consentantes, renforçant à nouveau la motivation et l’implication.
Ce droit au consentement s’étend aux pédagogues aussi bien qu’aux apprenants adultes. Les parents bénéficient de la liberté de choisir leurs suppléants, en veillent à impliquer l’enfant dans ce choix, bien que la décision finale leur revienne. La relation pédagogique consiste en des échanges entre pairs intéressés par un même sujet, d’égal à égal.
Des experts en un domaine offrent de partager leur savoir, sans avoir besoin d’un diplôme d’enseignant, qui pour Illich ne fait qu’assurer la compétence d’instruire quelqu’un qui ne le désire pas. Selon lui, un élève sain d’esprit résiste au principe que le jugement d’un seul homme doit dicter ce que les autres apprennent et à quel moment. «Un véritable système éducatif n’impose rien à celui qui s’instruit mais lui permet d’avoir accès à ce dont il a besoin" (livres, rencontres...). Ainsi, plutôt que de reposer sur des diplômes d’enseignement, ce modèle éducatif mettrait à disposition des ressources permettant à quiconque d’acquérir des compétences pédagogiques.
Par ailleurs, la formation continue serait privilégiée, puisque pour Cathérine Pérotin (2009), «en termes de réflexion comme en termes d’action, les réponses ne peuvent être ni univoques ni universelles. Elles sont contextuelles : valables, valides dans des contextes toujours incertains et mouvants. Il s’agit sans cesse, et en situation, de gérer des tensions et des contradictions. C’est sans doute l’intérêt de raisonner en termes de professionnalisation et d’accompagnement professionnel des acteurs, même si c’est plus exigeant pour tous.»
Pour Illich, un véritable pédagogue, qu’il appelle «l’oiseau rare», est une personne inspirant de l’enthousiasme et capable de démontrer une technique. En favorisant l’association de la passion pour son domaine aux compétences pédagogiques, ce système rendrait «l’oiseau rare» moins rare.
Par ailleurs, libérée des codes institutionnels, la relation pédagogique peut abandonner la forme magistrale, fondée sur la supériorité du maître, et la réduction de l’élève à son statut d’ignorant, niant les autres dimensions de son individualité. Le maître et l’élève deviennent le pédagogue et l’apprenant, qui ne sont plus des statuts mais des rôles réversibles, dans une dynamique d’enrichissement mutuel, de respect et de bienveillance. La sécurité affective qui en découle favorise, une fois encore, l’efficience pédagogique, mais aussi le développement psychique et la construction identitaire.
La flexibilité de la relation pédagogique favorise la réduction de la taille des groupes en étendant considérablement le nombre de personnes aptes à partager une expertise, ainsi que la mixité sociale et générationnelle en regroupant les apprenants par sujet d’intérêt.