Le premier axe pour appréhender la complexité du réel est la recherche d'altérité: il s'agit d’un mouvement d’extériorisation pour aller chercher des regards différents, et combler ainsi ses angles morts.
Pour être en cohérence avec un réel complexe, il faut partir d'éléments variés à relier afin d’avoir une vision globale qui rend compte de l’organisation du système et de sa finalité. Sans pluralité suffisante, il ne peut y avoir de liens entre les différents éléments, et l'on tombe alors dans un processus de simplification, dans une vision morcelée du réel, qui ne permet pas d’en saisir la dynamique.
Pour Karl Weick (2003), un niveau de variété requise est nécessaire pour assurer le fonctionnement d'un système. Celui-ci se mesure à travers le nombre et la diversité des éléments à un instant t mais aussi sur le long terme, car ces éléments évoluent: la variété est donc synchronique et diachronique. Le niveau de variété requise d'un système dépend de la complexité de l'environnement. Il n'y a donc pas un niveau de variété requise préétabli, car la pertinence de celui-ci repose sur l'adaptation du système d'organisation à son environnement. Mais Karl Weick a remarqué que plus la variété est large, mieux le système fonctionne, car il s’auto-régule grâce à la complémentarité de ses éléments. Pourtant, il est indispensable de filtrer et extraire certains éléments selon des critères pertinents pour éviter d'être submergé par les données et modéliser le réel sans le déformer, et non pas de le simplifier de manière caricaturale.
La première étape pour organiser un système éducatif résilient consiste donc à se mettre en lien avec différents acteurs éducatifs pour atteindre le niveau de variété requise. Le piège à éviter est de se limiter aux acteurs du système scolaire actuel, comme à ceux du système résilient visé. Ce moment de transition exige d’impliquer l’ensemble des acteurs. L’objectif est de tendre vers une implication d’acteurs dépassant le champ éducatif, puisque la transition implique des changements sociétaux à tous les niveaux (économique, politique, écologique...).
Le niveau de variété requise n’étant pas fixe, mais dépendant de la complexité de l’environnement, il s’agit pour commencer de décrire cette dernière. S’il est impossible d’être parfaitement précis, le recours à des sources fiables permet une estimation.
À partir de ces données, l’objectif est de déterminer le niveau de diversité requise pour qu’une partie de ce système soit représentative de la complexité de l’ensemble. En partant d’un seuil minimal requis, il s’agit progressivement d’augmenter le taux de participation des acteurs vers le maximum. Les critères de diversité doivent donc être assez généraux au début (par exemple l’âge, le genre, le niveau social ou la région géographique), et se préciser au fur-et-à-mesure (par exemple la spécialité professionnelle ou le secteur d’activité). Ces critères sont propres à chaque catégorie: par exemple, pour une bonne représentativité des enseignants, il peut être intéressant de prendre en compte la spécialité, le cycle ou le secteur; tandis que pour les parents, d’autres critères comme le niveau social ou la région géographique semblent pertinents. La définition de ces critères étant subjective, il est déjà important à ce stade d’inclure des points de vue diversifiés pour tendre vers l’objectivité. La complexification du groupe devrait aussi suivre une logique de simplicité: partir des acteurs facilement mobilisables, pour aller vers les acteurs difficilement mobilisables, sans viser la minorité résistante à toute proposition d’évolution.
Une fois les critères de pluralité et de diversité définis pour chaque catégorie d’acteur selon l’objectif de représentativité (minimal dans un premier temps et plus élevé par la suite), la définition du seuil minimal requis peut s’établir à l’aide d’une formule mathématique. Pour construire une formule réaliste permettant de calculer la représentativité minimale d’un système complexe (comme le système éducatif), il faut prendre en compte plusieurs facteurs :
Pluralité : nombre total d’acteurs.
Diversité des compétences : rôles différents des acteurs.
Échelles d’action : proportion d’actions locales et globales.
Taille humaine : groupe assez petit pour faciliter la communication.
Complexité nécessaire : capacité à refléter la diversité du système sans inclure tout le monde.
Voici une formule étape par étape qui permet d’atteindre cette représentativité minimale :
1. Définir les variables clés :
( P = ) : nombre total d’acteurs dans chaque catégorie.
( D c = ) : nombre de compétences représentées dans chaque catégorie.
( E l = ) : proportion d’acteurs agissant localement (en %).
( E g = ) : proportion d’acteurs agissant globalement (en %).
( R m = ) : proportion de la pluralité nécessaire pour refléter le système de manière réaliste, exprimée en %. Minimale dans un premier temps, augmente progressivement.
2. Calcul de la pluralité réelle ( P r ) :
La pluralité réelle est le nombre d’acteurs nécessaires dans chaque catégorie pour assurer la diversité.
3. Pondérer la diversité des compétences ( C p ) :
Certaines catégories ont plus ou moins de diversité interne. Introduisons un coefficient de pondération :
où Max Diversité est la diversité maximale possible dans le système.
4. Ajuster en fonction de l’échelle d’action ( E a ) :
L’échelle locale étant plus fréquente mais moins influente, on pondère l’échelle locale à 60 % et l’échelle globale à 40 %.
5. Calcul final pour chaque catégorie ( N ) :
où :
- ( P r ) est la pluralité réelle,
- ( C p ) est la pondération de la diversité des compétences,
- ( E a ) est l’ajustement selon l’échelle d’action.
Ce seuil minimal permet d’indiquer le nombre réel d’acteurs à mobiliser par catégorie selon les objectifs contextuels (représentativité minimale dans un premier temps, qui augmente progressivement). Il est ainsi possible de constituer un groupe en constante évolution, dont le niveau de représentativité augmente en fonction de la capacité à mobiliser une diversité d’acteurs répondant au taux fixé.