Qu'est-ce que l'éducation?

Trois buts sont généralement associés à l’éducation : éduquer (transmettre des valeurs permettant la vie en société), instruire (transmettre des connaissances et des compétences) et former (préparer l’insertion professionnelle).

En théorie, l’éducation n’implique pas enseignement, tandis qu’enseignement implique éducation. Selon Morin et Brunet (2000), le mot « éducation » a un sens plus large, plus complet et plus global que le mot « enseignement ». Enseigner (faire connaître au moyen de signes) consiste à « donner le savoir, de développer seulement la partie intellectuelle chez les élèves ». Éduquer (action de former le corps et l'esprit) prend en compte le côté mental et moral. Pour eux, faire apprendre en transmettant des connaissances semble bien ne constituer qu'une partie de ce qui peut assurer la formation et le développement d'un être humain.

En réalité, l’enseignement et l’éducation sont profondément reliés dans les deux sens. D’une part, parce que l’éducation morale ne peut se circonscrire à un cadre précis, mais plutôt se réalise à travers les diverses expériences que vit l’enfant, donc en grande partie au cours de son instruction.

Si l’École aujourd’hui cherche à déresponsabiliser l’enseignant de sa fonction morale, Bourdieu expliquait déjà dans les années soixante que celle-ci est consubstantielle à son statut, et que l’élève cherche naturellement un modèle chez ses instructeurs. D’ailleurs, la recherche de science en dehors d’un cadre moral lui fait non seulement perdre son sens et son utilité, mais surtout peut la rendre délétère. Un chercheur sans éthique est une arme dangereuse, autant qu’un chercheur guidé par un sens moral est un cadeau pour l’humanité.

D’autre part, éducation et instruction sont inséparables parce que l’étude des sciences (instruction) permet d‘acquérir des compétences essentielles au développement de la morale (éducation). Celle-ci se construit de deux manières: à travers l’étude de textes de références (religieux, philosophiques), ainsi qu’à travers la méditation et la réflexion sur ses expériences de vie. Cela exige des capacités de lecture, de raisonnement et de discernement qui sont favorisées par l’étude des sciences. On pourrait aller plus loin en considérant que si le comportement moral est l’objectif principal de l’éducation (nous avons expliqué que science éthique est plus délétère qu’éthique sans science), l’instruction devient alors un moyen privilégié pour l’atteindre. 

Ainsi, l’éducation est caractérisée par cette triple dimension à la fois morale (valeurs), scientifique (méthodes et connaissances) et procédurale (compétences).

Alexandre Serres (2008) rappelle que «Parmi les nombreuses missions de l’école (socialisation des enfants, formation initiale, acquisition des connaissances de base, formation à «apprendre à apprendre », préparation à l’insertion professionnelle, etc.), il en est une, traditionnelle, qui se trouve la plus violemment remise en cause par le « modèle adaptatif » de l’innovation : celle de la transmission. L’école n’a-t-elle pas aussi un rôle nécessairement « conservateur », consistant à transmettre des valeurs, des héritages culturels, des mémoires ? En essayant de se tenir à mi-distance de ces positions tranchées, nous voulons surtout insister sur la contradiction objective, qu’explique bien la médiologie, et qui oppose la logique de l’innovation (marquée par la vitesse, le présent, le changement, l’espace, la déterritorialisation) et la logique de la transmission (fondée sur la lenteur, le passé, la perpétuation, le temps, la mémoire, le territoire).»

Ce double rôle en apparence contradictoire qu’a l’école de transmettre le passé tout en préparant l’avenir semble s’harmoniser lorsqu’on considère non pas qu’elle inculque des connaissances, mais plutôt qu’elle donne les ressources permettant à l’enfant de construire lui-même ses savoirs: "Le maître c'est celui qui apporte les matériaux de questions nouvelles" (Jacquard Albert, 1994). Il ne s’agit plus de transmettre un savoir établi, mais de guider l’apprenant dans la construction d’un rapport au savoir, en partant de ce qui fait sens pour lui, en «reliant le nouveau avec le déjà là» (Hélène Trocmé-Fabre, 1999).

Cette conception éducative consistant à impliquer activement l’enfant émerge à la fois des études scientifiques sur le fonctionnement de l’apprentissage et les besoins de l’enfant (Hélène Trocmé-Fabre, 1999), mais aussi des attentes du public, exprimées par exemple à travers certaines oeuvres artistiques célèbres. Par exemple, la chanson "Another Brick in the Wall" de Pink Floyd (1979), accompagnée de son clip, critique sévèrement le système éducatif autoritaire et déshumanisant. Les paroles et les visuels appellent à une éducation plus humaine et interactive, où les élèves ne sont pas simplement des "briques" dans un mur, mais des individus actifs et pensants. Le film "Dead Poets Society" de Peter Weir (1989) met lui aussi en lumière l'importance de l'implication active des élèves dans leur propre apprentissage. Le professeur Keating encourage ses élèves à penser par eux-mêmes et à voir le monde sous des angles nouveaux, en opposition à la pédagogie traditionnelle et rigide de l'institution.

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