Dans les derniers articles, nous avons posé les fondements pour penser un système éducatif. Nous avons vu que les parents ont la responsabilité morale d’éduquer leurs enfants, c’est-à-dire de favoriser leur émancipation en leur fournissant les ressources pour construire des savoirs, des savoirs faire et des savoirs être. Ils peuvent être soutenus dans cette tâche par des experts dans divers domaines, qu’ils devraient avoir la liberté de choisir. Une fois adulte, chacun est responsable de sa propre éducation, et a le droit d’avoir un accès au savoir, tout comme de partager son expertise. La situation pédagogique s’envisage alors comme un contrat entre deux personnes ayant la pleine volonté de s’y engager.
De ces fondements découlent les objectifs suivants pour l’éducation:
-être accessible à tous, à tout âge
-soutenir les parents dans leur rôle d’éducateurs
-garantir aux parents la liberté de choisir leurs suppléants
-garantir aux apprenants adultes la liberté de choisir leurs pédagogues
-permettre de construire à la fois des savoirs, des savoirs faire et des savoirs être
-viser l’efficience pédagogique dans la construction de ces savoirs pour favoriser l’égalité des chances
-favoriser le partage du savoir.
Répondre à ces objectifs implique de tenir compte de deux facteurs:
-les besoins des apprenants
-l’imbrication harmonieuse entre le système éducatif et l’ensemble des besoins sociétaux à large échelle.
Nous allons voir que la conciliation de ces deux exigences, au lieu de se faire au détriment de l’une d’entre elles, fait émerger une synergie optimisant chacune de ces dimensions.
Détaillons chacune de ces dimensions.
La compréhension des besoins de l’enfant nécessite une posture transdisciplinaire : le croisement de plusieurs approches comme celles des neurosciences, de la psychologie, de la philosophie, de la médecine ou de la sociologie peut nous aider à comprendre l’enfant dans sa complexité.
Les trois principales sources de la complexité de l’enfant sont les suivantes: la multiplicité des dimensions humaines, l’évolution de ses caractéristiques dans le temps et l’individualité des besoins.
Quels sont les critères d’un environnement pédagogique optimisant l’apprentissage ?
Par environnement pédagogique, on entend l’ensemble des conditions, des ressources, des outils et des situations qui favorisent l’apprentissage. On peut identifier 3 grands axes définissant l’environnement pédagogique : le cadre spatio-temporel, les relations pédagogiques et le matériel pédagogique.
Chacun de ces aspects de l’environnement pédagogique peut être optimisé en tenant compte de certains invariants pédagogiques, c’est-à-dire des principes stables qui orientent toute pratique éducative de qualité.
Les invariants de l’environnement pédagogique
L’espace pédagogique
SOCIABILITE : favoriser les interactions sociales (coopération, mobilité)
ESTHETIQUE : être esthétique (décoration collective progressive pour créer un sentiment d’appartenance et un respect des lieux)
NATURE : favoriser l’accès à la nature (classe du dehors, cours de récréation naturelle)
FLEXIBLE : être flexible (plusieurs espaces facilement adaptables, mobilier léger)
ORDONNE : être ordonné (matériel rangé par thèmes et difficulté, accessible)
REEL : faire sens (matériel réel et varié qui permet à l’enfant de s’adapter à son environnement quotidien)
MOBILITE : favoriser l’activité physique (mobilier varié, activités corporelles)
La temporalité pédagogique
-structurée
-flexible
-prise en compte les besoins physiologiques et psychologiques des apprenants.
La relation pédagogique
-la qualité de relation entre le pédagogue et l’apprenant repose sur la confiance mutuelle.
-la relation entre les apprenants est favorisée par la mixité intergénérationnelle, la coopération et la gestion de conflit.
-la qualité de la relation entre les acteurs éducatifs repose sur la reconnaissance de leur complémentarité ainsi qu’une communication claire et respectueuse.
Le matériel pédagogique
Il optimise les apprentissages implicites et explicites lorsqu’il favorise la motivation, la concentration, l’expérimentation et l’autonomie.
Les modulations de l’environnement pédagogique
En parallèle de ces invariants, l’environnement pédagogique doit être modulable pour s’adapter pleinement aux besoins des apprenants, qui évoluent dans le temps selon leur développement psycho-moteur.
On peut identifier deux grandes ambiances pédagogiques répondant aux besoins des apprenants :
L’éducation familiale expérientielle
Adaptée aux enfants, répond à leur fort besoin de la présence familiale, ainsi que d’implication dans des expériences riches et variées. Elle est caractérisée par une communauté éducative valorisant le rôle des parents. La présence des parents permet de répondre au besoin important pour l’enfant de la disponibilité de l’adulte, tout en favorisant la progressivité du processus de séparation, la sécurité affective, la transmission de valeurs et la continuité pédagogique. Elle est aussi définie par des expériences riches et qui font sens pour l’enfant car ancrées dans son environnement quotidien. Ce cadre holistique mobilise les sens, les émotions, la motivation et la réflexion de l’enfant, optimisant son développement et ses apprentissages.
L’éducation mutualisée flexible
Adaptée aux adolescents et aux adultes, elle donne plus de place à l’abstraction du savoir et ouvre l’apprenant au monde et à la sociabilisation au delà de son cadre familial. L’éducation mutualisée flexible est caractérisée par la responsabilisation et l’autonomie ; la sociabilisation et la construction identitaire ; l’approfondissement et l’abstraction.
Un système éducatif viable doit répondre aux besoins des apprenants tout en s’harmonisant avec l’ensemble des dimensions sociétales.
En effet, il serait absurde d’augmenter le budget alloué au système éducatif, si c’est au détriment du système de santé. De la même manière, si nous avons vu que l’enfant bénéficie d’une éducation familiale, ce besoin est-il conciliable avec ceux des parents et de la société?
Afin de penser à la manière dont un système éducatif peut s’imbriquer avec les besoins sociétaux à large échelle, commençons par définir ces derniers. Voici ceux qui ressortent de notre analyse de la forme scolaire, ainsi que de notre étude des attentes envers l’éducation d’un point de vue scientifique et moral.
À l’échelle sociétale, le système éducatif doit répondre aux exigences suivantes:
-bénéficier de ressources équitables par rapport aux autres secteurs publics
-reposer sur des principes réalistes qui peuvent effectivement être implémentés
-avoir recours à des pratiques cohérentes avec des modes de vie durables
-favoriser les avancées scientifiques et morales
-s’adapter aux changements et aux spécificités locales
-participer à une économie forte et à l’indépendance.
Nous allons proposer dans le prochain article un modèle éducatif qui nous semble concilier ces besoins individuels et sociétaux.