En lien avec la volonté d’augmenter le budget alloué à l’éducation, la privatisation de l'éducation est parfois avancée comme un moyen d'accroître l'efficacité et la qualité de l'enseignement, en concentrant les moyens sur des établissements à l’accès limité.
Les partisans de la privatisation soutiennent que la concurrence entre les établissements scolaires privés et publics peut stimuler l'innovation, améliorer les performances des élèves et offrir un choix plus large aux familles. En effet, des études ont montré que dans certains contextes, les écoles privées peuvent obtenir de meilleurs résultats académiques que leurs homologues publiques (Chubb & Moe, 1990).
Cependant, cette approche soulève des préoccupations importantes en matière d'équité et d'accès.
La privatisation de l'éducation tend d’abord à exacerber les inégalités sociales et économiques. Dans un système éducatif où les écoles privées jouent un rôle prépondérant, l'accès à une éducation de qualité est souvent réservé à ceux qui peuvent se permettre de payer des frais de scolarité élevés. Cette situation peut creuser le fossé entre les riches et les pauvres, créant ainsi un système à deux vitesses. Les enfants issus de familles à faible revenu sont souvent laissés pour compte, contraints de fréquenter des écoles publiques sous-financées, avec moins de ressources et d'opportunités éducatives (Carnoy & Levin, 1985).
Ensuite, la privatisation peut conduire à une segmentation sociale accrue, où les élèves de milieux différents ne se rencontrent jamais, ce qui réduit les possibilités de mixité sociale et d'apprentissage dans un environnement diversifié. Par exemple, Ball (2003) souligne que la prolifération des écoles privées contribue à la formation d'élites sociales, car ces institutions tendent à recruter des élèves des couches socio-économiques supérieures, renforçant ainsi les inégalités existantes.
De plus, la croissance des écoles privées peut également affaiblir le système éducatif public. Les ressources publiques sont souvent redirigées vers les établissements privés sous forme de subventions ou de bons scolaires, ce qui réduit les fonds disponibles pour les écoles publiques. Cela peut entraîner une détérioration de la qualité de l'enseignement dans les écoles publiques, aggravant encore les inégalités (Lubienski & Weitzel, 2010).
Enfin, Hsieh & Urquiola (2006) ont trouvé que dans certains pays, la privatisation de l'éducation n'améliore pas nécessairement les performances globales du système éducatif, mais conduit plutôt à une stratification accrue, où les avantages sont principalement ressentis par ceux qui sont déjà privilégiés.