L'illusion de la technologisation

Une autre solution trompeuse pour améliorer le système éducatif est l'investissement massif dans les technologies éducatives (ordinateurs, tablettes, logiciels éducatifs) sans repenser les méthodes pédagogiques.

La technologie seule ne peut pas résoudre les problèmes fondamentaux du système éducatif. L’utilisation d’outils numériques, même accompagnée par un éducateur, n’a pas toujours les résultats escomptés.

S’il est présumé que celle-ci augmente la motivation des élèves, les études ne le prouvent pourtant pas (Deci, Koestner & Ryan, 1999), même si dans le cas des jeux sérieux par exemple, un effet de médiation sur la motivation est possible.

De même, l’autonomie n’apparaît pas comme une conséquence des usages du numérique, mais plutôt comme une compétence requise par celui-ci (Kirkpatrick & Cuban, 1998).

Aussi, des enquêtes (Mayer, 2009) prouvent que la vidéo n’est pas forcément plus pédagogique que les images fixes, son efficacité étant très relative à des conditions précises.

Enfin, un autre mythe concerne les compétences de lecture, qui seraient améliorées ou réduites par le numérique (Singer & Alexander, 2017). En réalité, même si on remarque que l’écran favorise la lecture en diagonale, les différences de stratégies sont indépendantes du support, mais dépendent des objectifs de lecture et de la vitesse de lecture (Clinton, 2019).

On a pu constater les limites de cette approche consistant à utiliser le numérique à des fins pédagogiques, avec pour effet secondaire potentiel une meilleure utilisation des outils technologiques (Selwyn, 2016).

Il faut néanmoins souligner la difficulté d’interpréter les résultats de ces enquêtes, qui dépendent d’un grand nombre de facteurs. Les résultats varient en fonction de la tâche pour un même support (par exemple, la tablette favorise la lecture, mais pas la production d’écrit), ils sont contrastés. Les mythes sur le numérique sont donc à relativiser, qu’ils soient positifs ou négatifs. Les résultats des enquêtes incitent à mesurer les différences qu’induisent l’usage du numérique dans la réalisation des tâches plutôt qu’à porter des jugements de valeur.

En fait, on constate que les problèmes d’utilisation du numérique sont liés à une dimension méthodologique, à la manière dont l’outil est présenté aux élèves, et donc à la prise en compte ou non des recherches sur le sujet dans l’enseignement.

Pour J.M. Manach, « ce n’est pas une question de technologie, mais de pédagogie». Ainsi, afin de répondre à l’objectif d’éduquer au numérique, il s’agirait d’enseigner les compétences requises. Cela passerait par des cours spécifiques (éducation aux médias par exemple), mais nécessiterait aussi une formation à des outils propres à certaines matières (logiciel de géographie par exemple). Pour l’ASTI, « objet » et « outil » d'enseignement, loin de s'opposer, sont complémentaires et se renforcent mutuellement.

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