Les réformes superficielles qui se limitent à des ajustements mineurs, tels que des modifications des programmes scolaires ou des changements d'horaires, sont souvent insuffisantes pour engendrer des améliorations significatives dans le système éducatif.
Un exemple classique de réforme cosmétique est la prolongation de la durée de la scolarité obligatoire. Cette mesure est souvent perçue comme un moyen d'améliorer l'éducation en offrant aux élèves plus de temps pour acquérir des connaissances et des compétences.
Cependant, la simple extension du temps passé à l'école ne se traduit pas nécessairement par de meilleurs résultats éducatifs. Hanushek et Woessmann (2010) montrent que sans une amélioration de la qualité de l'enseignement et des ressources pédagogiques, cette mesure risque d'avoir un impact limité sur les performances des élèves.
Prolonger la scolarité obligatoire peut également augmenter la pression sur les élèves, en allongeant la période pendant laquelle ils sont soumis à des évaluations continues et des exigences académiques importantes. Cette pression peut conduire à une surcharge cognitive, un stress accru, et même à une démotivation, surtout chez les élèves déjà en difficulté (Kohn, 2004).
De plus, Levin (2001) note que sans un investissement proportionnel dans les ressources éducatives, telles que le recrutement d'enseignants qualifiés et l'amélioration des infrastructures scolaires, cette réforme peut exacerber les défis existants, comme le surpeuplement des classes et la surcharge de travail pour les enseignants.
Les réformes telles que la prolongation de la scolarité obligatoire sont parfois qualifiées de "symboliques" car elles donnent l'impression d'un engagement envers l'amélioration de l'éducation sans pour autant s'attaquer aux problèmes fondamentaux. L’accent est mis sur la quantité plutôt que sur la qualité de l'éducation, phénomène désigné par le concept de "schooling without learning" (Pritchett, 2013).
Ces réformes risquent de détourner l'attention des véritables besoins du système éducatif, qui ne peuvent être pris en compte qu’en considérant la complexité de ce dernier et la profondeur des défis auxquels il est confronté.
L'un des principaux problèmes des réformes superficielles est qu'elles n'affectent pas les pratiques pédagogiques en classe, qui sont au cœur de l'apprentissage des élèves. Comme le soulignent Fullan et Hargreaves (1992), les changements qui ne modifient pas la façon dont les enseignants enseignent et dont les élèves apprennent sont peu susceptibles d'avoir un impact durable. Les ajustements de programme ou les modifications des horaires ne suffisent pas à transformer les interactions en classe ou à améliorer les méthodes d'enseignement.
Les réformes superficielles sont également critiquées pour leur incapacité à traiter les questions d'équité dans l'éducation. Darling-Hammond (2010) soutient que pour réduire les inégalités éducatives, il est nécessaire de s'attaquer aux causes profondes, telles que la distribution inégale des ressources, l'accès inégal à des enseignants qualifiés, et les disparités dans les conditions d'apprentissage. Les réformes qui n'abordent pas ces questions fondamentales risquent non seulement d'échouer, mais aussi d'exacerber les inégalités existantes.
Pour qu'une réforme éducative soit véritablement efficace, elle doit s'attaquer aux fondements mêmes du système, en prenant en compte non seulement les programmes, mais aussi la formation des enseignants, les pratiques d'évaluation, et les ressources disponibles pour les élèves.
Cuban (1990) explique que les réformes superficielles, souvent motivées par des pressions politiques ou des besoins de répondre rapidement aux critiques publiques, échouent parce qu'elles ne prennent pas en compte les aspects structurels et culturels du système éducatif. Il souligne que sans un changement systémique, les anciennes pratiques finissent par réémerger, rendant les réformes inefficaces. Pour produire des améliorations significatives, les réformes doivent être profondes et bien planifiées, impliquant tous les acteurs du système éducatif, y compris les enseignants, les administrateurs, les parents et les élèves.
Elmore (1996) argue que les réformes éducatives doivent viser à changer les pratiques au niveau de l'école et de la salle de classe, en s'appuyant sur une compréhension claire de la manière dont les gens apprennent et enseignent. Cela nécessite des approches intégrées qui touchent à la fois les structures organisationnelles, les processus pédagogiques, et les attitudes culturelles.