Les différents objectifs visés suggèrent un grand nombre d’actions à mener pour les atteindre progressivement: création d’espaces éducatifs indépendants, ateliers de formation, création de réseaux, lancement de pétitions...
En informant sur ces initiatives et en impliquant les acteurs, des projets concrets peuvent être menés, et entraîner un cercle vertueux en servant de source d’inspiration et de données scientifiques. Ce mouvement est déjà lancé, il suffit de le poursuivre: de nombreux acteurs éducatifs ont proposé et continuent chaque jour de proposer et de mettre en place à leur échelle des manières de faire alternatives. Des modèles d’éducation flexible peuvent être implémentés à l’échelle d’un quartier, puis d’une ville, d’une région. En effet, l’objectif n’est pas un changement brutal du système à large échelle, mais plutôt une évolution progressive.
On peut classifier les types d’actions en deux grandes catégories, informer et impliquer:
Faire connaître: informer
Dans un premier temps, il est utile de partager des analyses de la forme scolaire et de ses dysfonctionnements : "Nous ne pouvons entreprendre une réforme de l’éducation sans comprendre que le rite de la scolarité ne sert ni l’acquisition individuelle de connaissances ni l’égalité sociale." (Illich).
Dans un second temps, des pistes pour apporter des solutions peuvent être proposées. Afin d’inspirer et d’impulser le changement en partant de l’existant, des exemples d’initiatives éducatives innovantes, scolaires (comme Travaux d’école) ou parentales (comme les fermes pédagogiques en instruction en famille) peuvent être partagées. On peut aussi citer des exemples via des oeuvres cinématographiques comme Écrire pour exister (2009, Freedom Writers) ou Trois idiots (2009, Rajkumar Hirani), ainsi qu’informer sur les pédagogies alternatives (Montessori, Freinet, Vygotski, Steiner-Waldorf ou encore Hélène Trocmé-Fabre).
Pour cela, plusieurs moyens sont possibles: organisation de conférences et débats publics, webinaires et vidéos informatives, campagnes de sensibilisation sur des réseaux, publications d’articles et de livres, ateliers de formation, événements communautaires et forums locaux, partenariats avec les médias, créations de réseaux de soutien et d’information... Une transition culturelle est cruciale pour accompagner les changements de perception et de mentalité.
Faire vivre: impliquer
Faire connaître un projet n’est souvent pas suffisant pour réussir à impliquer les différents acteurs, freinés par différentes contraintes temporelles et économiques.
Faire participer est un vrai défi, qui fait appel à la créativité. Nous citerons dans cette section l’exemple du Lycée après le lycée (LAL) à Bagneux, qui nous semble avoir mis en place une stratégie intéressante pour faire participer les locaux, justement fondée sur cette logique de se faire connaître et d’impliquer. Le projet LAL vise à construire un lycée modulable, adapté aux besoins des usagers, en mobilisant des ressources locales.
Pour impliquer les habitants, une permanence sur le site permet de poser des questions et donner des idées. Des réacteurs recueillent les contributions citoyennes. Divers événements culturels et rencontres, tels que des expositions et débats, sont organisés pour encourager l'échange. La concertation inclut un jury citoyen, composé d’habitants, professionnels et élus, qui participe au choix des architectes. Des ateliers et chantiers-école permettent aux citoyens, y compris les jeunes, de contribuer à la construction du mobilier et d’apprendre des métiers artisanaux. Enfin, des ateliers en collèges visent à sensibiliser les élèves à l'urbanisme et à la conception du futur lycée.
Conclusion
Alain Boissinot (2014) insiste sur l’importance du changement des représentations et de l’ouverture internationale pour permettre de réformer.
Il y a selon Philip Christian (2014) plusieurs conditions pour réformer l’école: « des changements concertés et non imposés (débat national), de véritables instances paritaires de concertation, une confiance réelle accordée aux collectivités territoriales, une meilleure responsabilisation des établissements grâce à un contrat d’objectifs et de moyens tripartite ».
Changer l’école passe pour Claude Thélot (2014) par l’évaluation des expérimentations, l’association des acteurs au débat national, par le fait de compléter ce dialogue par des prises d’information (système d’expression et d’écoute des acteurs), enfin par l’adaptation des moyens au contexte.
Pour Hervé Lefèvre (2014), il s’agit de transformer, et non de réformer l’école ; « plus encore, les organisations vont devoir être capables de se transformer par elles-mêmes pour être plus mobiles, plus réactives et plus adaptées au niveau global comme au niveau local. Cela ne se fera qu’en créant plus d’autonomie dans les différentes composantes de l’organisation et en développant les capacités d’autonomie des collaborateurs à tous niveaux. »