Affiner la trajectoire grâce à la rétrospectivité

Développer des outils de réflexivité pour analyser les «petits gains»

Ces actions mises en place constituent des expériences riches d’enseignements. La dernière étape de la stratégie processuelle consiste donc à analyser les «petits gains» (Karl Weick, 1984), c’est-à-dire des résultats de modeste importance mais ayant un grand effet en ce qu’ils constituent une expérience miniature permettant aux acteurs de rebondir sur ses effets.

Leur analyse implique la mise au point d’outils de réflexivité, tels que des questionnaires, des groupes de travail, un cahier des charges, des manifestes... la créativité est une fois de plus un atout pour développer des outils innovants: on peut citer l’idée du LAL de filmer ses réunions pour débattre sur les rushs, particulièrement utile pour tendre vers des interactions respectueuses. La collaboration avec d’autres acteurs permet aussi d’apporter un regard extérieur précieux.

Une stratégie de résilience

De cette analyse des «petits gains», il est possible de rebondir et d’affiner la trajectoire. Les actions suivantes sont plus efficientes, entraînant un cercle vertueux consolidant un projet, particulièrement lorsqu’il est aussi massif et long-termiste.

La stratégie processuelle s’avère efficace pour avancer dans l’incertitude, ce qui est le cas des projets dépendant de décisions politiques incertaines et lentes. Ainsi, l’intelligence de la complexité permet de s’adapter à l’inattendu, de saisir les opportunités et de faire face aux aléas néfastes. Elle est pour le professeur de stratégie Alain-Charles Martinet une intelligence stratégique, toujours en éveil, prudente et vigilante, qui ne cède pas à ses certitudes.

Elle constitue en cela un moyen de résilience. Or, selon Karl Weick, pour que le changement ne conduise pas à un effondrement du sens, il faut s'assurer que les moyens permettant de construire le sens, qui correspondent à des principes de résilience, sont opérationnels.

Une stratégie dévoilée après coup

Alors que l'action partait d'une tentative incertaine, la stratégie se dévoile après coup.  L'improvisation contient une stratégie qui se dévoile grâce à un regard rétrospectif sur l'action menée.

Celle-ci suit le cycle de l'enactment de la complexité: certaines variations de l'environnement sont privilégiées par les acteurs (niveau de variété requise, écologie); ces éléments sélectionnés donnent matière à un travail d'interprétation collectif (synergie); des actions sont engagées qui ont des conséquences visibles ("petits gains"); les changements introduits sont susceptibles d'influencer ultérieurement les membres de l'organisation et les comportements de celle-ci (stratégie processuelle). Ce cadre est cyclique, il est donc définit par son caractère continu, à l'image de la société qui ne saurait se concevoir comme un ensemble figé de structures, mais comme un processus fluide de communications, d’interprétations et d’adaptations mutuelles.

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